Voici sept articles écrits par l’abbé Laurent Spriet et publiés sur le Salon Beige pour éclairer les consciences des fidèles avant les ordinations épiscopales illicites du 1er juillet 2026.
Ordinations épiscopales de la FSSPX : quel gâchis !
Si les ordinations épiscopales annoncées (sans mandat pontifical, et même contre la volonté explicite du pape) ont lieu, et donc si l’excommunication tombe : quel gâchis !
C’est le cri du cœur qui synthétise ma pensée à la perspective des ordinations épiscopales du 1er juillet à Ecône. Je voudrais m’en expliquer dans une série d’articles que le Salon Beige a la gentillesse de bien vouloir publier. Je l’en remercie.
Remarques préalables
Bien évidemment, mes futurs articles s’inscrivent dans un contexte historique. En ce sens, ils sont datés. N’ayant pas le charisme de prophétie, je ne peux pas vous dire ce qui va advenir dans les prochains mois. En fonction des décisions romaines et celles de la FSSPX, je continuerai, ou non, à écrire de petites tribunes. Je le ferai aussi en fonction de mon devoir d’état, et du temps que je pourrai ou non consacrer à leur rédaction…
Mon intention
Qui suis-je pour intervenir et pour quoi intervenir ? Je ne suis qu’un prêtre diocésain, Recteur d’une communauté de fidèles, licencié en droit canonique, avocat auprès de l’Officialité de Lyon. Je ne suis pas Docteur en théologie. Néanmoins, je souhaite essayer d’éclairer les consciences des fidèles laïcs, en particulier de ceux qui sont proches de la FSSPX. Je ne prétends pas infléchir les volontés de mes confrères prêtres de la FSSPX (même si j’aimerais pouvoir le faire). Mon intention est uniquement bienveillante. Moi aussi, je me soucie du salut des âmes en vertu de ces deux affirmations toujours actuelles de saint Cyprien de Cartage : “Pas de salut en dehors de l’Eglise1” (cf. Epistola 4, 4 et 73, 21), ou encore “celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l’Eglise est fondée, se donne l’illusion de rester dans l’Eglise” (cf. L’unité de l’Eglise catholique, 4).
Pourquoi parler d’un gâchis ?
Essentiellement en raison du bien que fait la FSSPX. Combien de bons prêtres en son sein ? Beaucoup. Combien de belles œuvres faites jour après jour dans les Prieurés et dans les écoles desservies par la Fraternité ? Beaucoup. Combien de fidèles laïcs de bonne volonté, de bons pères et mères de famille ? Beaucoup. Alors, face à la situation actuelle, peut-on se résigner en s’enfermant dans le mutisme, ou pire, dans l’indifférence ? Peut-on fermer les yeux sur le danger spirituel encouru par les âmes ? Non. Le silence n’est pas possible.
Je suis “contre les sacres” et j’aurai, si Dieu le veut, l’occasion de m’en expliquer ici, mais je m’inscris dans le sillage de Mgr di Noia2 qui, en 2009, écrivait : “Je suis favorable à la Fraternité”. Et il ajoutait, bien entendu : “mais la solution n’est pas la rupture d’avec l’Église” : sous-entendu avec l’Eglise fondée sur Pierre et gouvernée hic et nunc par le successeur de Pierre actuel qui est Léon XIV.
Abbé Laurent SPRIET
(1) “Salus extra ecclesiam non est” : n’oublions que cette affirmation visait les catholiques qui quittaient l’Eglise et non les non-catholiques nés tels.
(2) Vice-Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei.
Les ordinations épiscopales de la FSSPX : un état de nécessité ?
Dans cette petite tribune je vais m’en tenir à la situation de la France : celle que nous connaissons tous.
L’état de nécessité : argument fondamental de la FSSPX
L’abbé Gleize qui semble être “le” théologien de la FSSPX nous dit que : l’ « argumentation fondamentale » [de la FSSPX] “repose sur la réalité de l’état de nécessité, réalité notablement aggravée depuis l’été 1988, et qui réclame, une fois encore, la consécration de nouveaux évêques pleinement catholiques pour le salut des âmes” (…) “l’état de nécessité, la situation de crise généralisée dont l’Eglise est loin d’être sortie et où les détenteurs de l’autorité suprême abusent de leur pouvoir au grand et grave préjudice du salut des âmes”.
L’abbé Gleize rêve-t-il d’une Eglise qui ne serait pas composée d’ivraie et de bon grain (cf. Mt 13, 24-30). C’est une utopie. Veut-il une Eglise de “purs” seulement ? Cela n’a jamais existé (même pas pendant le pontificat de saint Pie X par exemple). Faut-il désobéir au successeur de Pierre en matière grave pour être fidèle à l’Eglise et répondre aux difficultés présentes du moment ? L’abbé Gleize répondra sans doute “oui” alors que la réponse catholique est “non”. La FSSPX ferait mieux de venir combattre “de l’intérieur” et non de s’obstiner à critiquer “de l’extérieur”. Peut-être a-t-elle peur de perdre sa liberté (puisqu’elle s’installe là où elle veut sans mission canonique d’évêques en communion avec le successeur de Pierre) ? Ne choisit-elle pas la solution de facilité ? Est-ce un manque de courage de sa part ? Elle dira sans doute que c’est un acte de prudence. Or il n’est pas prudent de quitter “Pierre” et de désobéir à “Pierre” en matière grave (1).
Qui se trouve dans un grave état de nécessité ?
Est-ce l’Eglise “officielle” (2) “conciliaire” (comme disait parfois malheureusement Mgr Lefebvre) ou la FSSPX ?
La FSSPX estime se trouver dans un certain état de nécessité de procéder à ces ordinations épiscopales, même sans mandat pontifical, parce qu’elle n’a plus que deux évêques en son sein. Ils ne sont pas très âgés mais la FSSPX a considéré, motu proprio, que le temps était venu de procéder à de nouvelles ordinations épiscopales.
Dans sa logique la FSSPX a non seulement le droit mais le devoir de procéder à ces ordinations. Il en va de la survie de la Tradition puisque les personnes fidèles à la Tradition “de toujours” ce sont les membres de la FSSPX et ce n’est pas la “Rome moderniste” de Léon XIV (et de ses prédécesseurs, depuis Vatican II).
L’état de nécessité existe-t-il vraiment ?
Est-il vrai de dire que les fidèles laïcs ne trouvent plus les moyens de salut dans les paroisses de France ? Non. Ce n’est objectivement pas vrai. C’est outrancier. Il n’y a pas de crise de l’Eglise mais il y a certes une crise dans l’Eglise (il y en a toujours eu et il y en aura jusqu’au retour de notre Seigneur dans la gloire). Il est possible de dénoncer les difficultés, voire les scandales actuels, mais il faut le faire dans l’Eglise de façon juste (cf. canon 212 (3)) à la manière du cardinal Robert Sarah dans son livre 2050 par exemple ou encore à la manière indiquée dans le protocole d’accord du 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger. Les fidèles peuvent se confesser, les Messes sont valides, la catéchèse et la prédication (si elle est fidèle au Catéchisme de l’Eglise Catholique par exemple) sont nourrissantes, vraies et justes. A moins de s’ériger en juge du Magistère (ce qui a une saveur protestante).
Evidemment, selon la FSSPX, les fidèles n’ont pas accès “au pur Magistère de toujours” puisque Vatican II et le magistère postconciliaire sont mauvais, les sacrements sont parfois invalides (en raison de l’intention peut-être douteuse des ministres). Le cercle est bouclé. La FSSPX s’enferme dans son raisonnement parce qu’elle se permet de juger le Magistère selon ses vues, et le danger c’est le péché de schisme voire l’hérésie (tôt ou tard).
Comment la FSSPX peut-elle en arriver à tenir une affirmation aussi outrancière et étrangère à la réalité en soutenant que les âmes n’ont plus de quoi se sauver dans l’Eglise dite “conciliaire” ? Je fais deux hypothèses. La première c’est que les prêtres de la FSSPX se sont tellement isolés depuis des années qu’ils ne voient pas ce qui se vit dans les églises de France notamment. Ils croient, de bonne foi ou non, que nous en sommes encore aux années 70, voire que la situation a encore empiré. La seconde c’est que trop de fidèles de l’Eglise catholique romaine (en particulier les clercs) les ont laissés s’isoler dans leur coin et dans leur rhétorique.
Nous pouvons relire ce que le pape Benoit XVI écrivait dans sa lettre accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum : “En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau”. C’est l’objectif que je me donne dans ces petites tribunes aimablement publiées par le Salon Beige.
Citons enfin le Conseil Pontifical pour l’Interprétation des Textes Législatifs, en 1997 qui déclarait avec autorité : « En ce qui concerne l’état de nécessité dans lequel Mgr. Lefebvre pensait se trouver, il faut garder à l’esprit qu’un tel état doit être vérifié objectivement, et il n’est jamais nécessaire d’ordonner des évêques contrairement à la volonté du Pontife romain, chef du Collège des évêques. Cela impliquerait en effet la possibilité de « servir » l’Église par une atteinte à son unité dans un domaine lié aux fondements mêmes de cette unité ». Le fondement de l’unité de l’Eglise c’est “Pierre” et c’est “la foi de Pierre” (cf. Mt 16, 1-18). Pas une autre foi.
Quel gâchis !
(1) J’aurai l’occasion de montrer dans un prochain article qu’une ordination épiscopale sans mandat pontifical et contre la volonté du pape est un acte intrinsèquement mauvais (de droit divin et non de droit purement ecclésiastique).
(2) Mgr Lefebvre dit le 13 octobre 1985 à Nantes, cf. Fideliter, n°48 (nov-déc 1985), p 28 : « Apparemment, nous sommes en marge de l’Église officielle, mais en fait, je vous l’assure, c’est vous qui êtes l’Église. Ce sont nos prêtres et moi-même qui continuons l’Église”. Ou encore “Où est l’Eglise visible ? L’Eglise visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Eglise ? Sont-elles davantage dans l’Eglise officielle (il ne s’agit pas de l’Eglise visible, il s’agit de l’Eglise officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes. Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Eglise officielle. Tout cela montre que c’est nous qui avons les marques de l’Eglise visible (…) Ces signes ne se trouvent plus chez les autres” conférence du 9 septembre 1988, La visibilité de l’Eglise et sa situation actuelle, publication intégrale dans le Bulletin officiel du district de France de la Fraternité Saint-Pie-X, et publication partielle dans Fideliter, n° 66 (nov-déc 1988) p 27-28.
(3) Canon 212 §1. Les fidèles conscients de leur propre responsabilité sont tenus d’adhérer par obéissance chrétienne à ce que les Pasteurs sacrés, comme représentants du Christ, déclarent en tant que maîtres de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église. §2. Les fidèles ont la liberté de faire connaître aux Pasteurs de l’Église leurs besoins surtout spirituels, ainsi que leurs souhaits. §3. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes.
Abbé Laurent Spriet
Les ordinations épiscopales de la FSSPX : un aspect théologique
Le différend entre Rome et la FSSPX est d’abord non pas liturgique mais théologique. Pour synthétiser, la FSSPX se considère comme étant fidèle à la Tradition. Elle dit que Vatican II est en rupture et en contradiction avec la Tradition de l’Eglise. C’est donc par fidélité à la Tradition d’avant 1962 que la FSSPX s’érige contre le Magistère des papes postconciliaires. La FSSPX se prétend fidèle à la “Rome de toujours” et refuse ce qu’elle appelle la “Rome moderniste”.
Nous connaissons le paradoxe dans lequel la FSSPX s’est enfermée : par fidélité à Rome (à la Rome dite “de toujours”) elle veut désobéir à Rome (à la Rome dite “moderniste”). C’est ce nœud qui fit tellement souffrir intérieurement Mgr Lefebvre au moment des “sacres” de 1988.
Mais en réalité la Rome de toujours c’est bien évidemment la Rome actuelle, la Rome gouvernée par le successeur de Pierre qu’est Léon XIV, Rome dont l’âme est l’Esprit-Saint qui garantit la fidélité du Magistère à la Révélation du Christ. La distinction entre les deux Rome est une vue de l’esprit fausse et mortifère.
En réalité c’est au nom de tous les conciles antérieurs de l’Eglise (et tout particulièrement du concile Vatican I) que l’on peut et que l’on doit, pour rester catholique, accueillir le concile Vatican II et le Magistère des papes qui suit ce concile. C’est une question de foi dans le mystère de l’Eglise.
La fin ne justifie pas les moyens
Ce qui me semble indubitable c’est la bonne volonté des supérieurs de la FSSPX. Ils veulent servir le salut des âmes. Ils veulent servir l’Eglise, garder la Foi catholique et l’enseigner fidèlement. Leur finalité est assurément bonne, voire excellente.
Cependant tout le monde sait que, pour l’Eglise, la fin bonne ne justifie pas les moyens mauvais comme l’est par exemple une ordination épiscopale sans mandat pontifical et contre la volonté du pape (ce qui est annoncé, jusqu’à preuve du contraire). St Ignace de Loyola explique bien dans ses Exercices spirituels (que la FSSPX prêche et affectionne pourtant) qu’il n’est pas possible de délibérer et de choisir des moyens intrinsèquement mauvais (il n’y a pas “d’élection” possible). La loi de l’Eglise devrait, à elle seule, dirimer (régler) la question pour la FSSPX. Mais, malheureusement, à force de contorsions intellectuelles (“Rome de toujours”, “Rome moderniste”, “Eglise de toujours”, “Eglise officielle” par exemple), la FSSPX en vient à envisager à nouveau (pour une fin certes excellente) l’emploi d’une grave désobéissance au pape en matière grave.
Pour montrer qu’une ordination épiscopale sans mandat pontifical et contre la volonté du pape est un acte intrinsèquement mauvais (de droit divin, de par la volonté du Christ Seigneur), nous pouvons nous appuyer sur un texte très clair de la Suprême Congrégation du Saint-Office de 1951 qui, par mandat spécial du Souverain Pontife (le vénérable Pie XII en l’occurrence), déclare : “ Tout évêque, de n’importe quel rite ou dignité qui sacre un évêque sans que celui-ci ait été nommé par le Siège apostolique, ni confirmé expressément par celui-ci, ou s’il reçoit la consécration, même sous une crainte grave encourt par le fait même, l’excommunication réservée tout spécialement au Siège apostolique. Le décret entre en vigueur à partir de sa promulgation (Documents Pontificaux de S. S. Pie XII, Edition Saint-Maurice Saint Augustin – D’après le texte latin des A. A. S., XXXXIII, 1951, p. 217). C’est clair. Pourquoi est-ce de droit divin ? Parce qu’une loi purement ecclésiastique, spécialement pénale, n’obligerait pas en cas de crainte grave. Cette loi rappelée en 1951 n’est donc pas dispensable. Il n’y a pas de circonstances particulières qui peuvent légitimer de l’enfreindre.
Interpréter les textes du concile à la lumière de la Tradition et du Magistère
Mgr Di Noia, nommé en son temps Vice-président de la Commission Ecclesia Dei, avait vu juste : “en revoyant l’histoire de nos relations depuis les années 1970, on est amené à faire le constat objectif que les termes de notre désaccord au sujet du Concile Vatican II demeurent, en fait, inchangés. Avec son autorité magistérielle, le Saint-Siège a toujours affirmé qu’il fallait interpréter les textes du Concile à la lumière de la Tradition et du Magistère, et non l’inverse, tandis que la Fraternité a insisté pour dire que certains enseignements du Concile sont erronés et donc non susceptibles de recevoir une interprétation en harmonie avec la Tradition et le Magistère. Au fil des ans, cette impasse est restée plus ou moins telle quelle”.
On tourne en rond. Le point de départ est l’affirmation fausse : il y a des erreurs dans Vatican II ; ce concile est irrecevable. En réalité il faudrait partir de l’affirmation : le concile Vatican II nous est donné par un pape et les évêques en communion avec lui (Mgr Lefebvre a signé lui aussi chacun des textes du Concile) et il faut l’interpréter à la lumière de la Tradition et du Magistère. Tant que la FSSPX ne revient pas sur cette prémisse, les échanges sont un dialogue de sourds. Ils sont stériles.
Lorsque la Note de la Secrétairerie d’Etat du 4 février 2009 précisait que “la condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du Magistère des Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même”, on mesure le fossé qui sépare malheureusement la FSSPX d’un éventuel accord avec la Rome dite “moderniste” qui est en réalité la “Rome de toujours” parce qu’elle est la “Rome de Pierre” (cf. Vatican I, Pastor aeternus, chapitre 3).
Quel gâchis !
Les ordinations épiscopales de la FSSPX : un aspect ecclésiologique
Le Christ a-t-il oublié ses promesses relatives à son Eglise ?
À en croire la FSSPX, “oui” puisque les portes de l’enfer semblent avoir prévalu contre “Pierre” et son Magistère (1), puisqu’il semble que “Pierre” a une foi qui a défailli.
Si c’était vrai cela voudrait dire que Notre-Seigneur s’est trompé ou n’a pas tenu ses promesses. Ce n’est pas possible.
“Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux” (Mt 16, 13-19).
“Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé” (Lc 10, 16).
“Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères” (Lc 22, 31-32).
Que fait-on de ses promesses ? N’y a-t-il pas un problème de foi dans le mystère de l’Eglise chez un certain nombre de théologiens de la FSSPX ? Il faut être cohérent.
A en croire la FSSPX, les promesses du Seigneur sont bien toujours réalisées car la FSSPX garde la Tradition. Au fond, l’Eglise c’est eux. La vraie Eglise, celle qui est fidèle au Magistère “de toujours”, c’est eux (Mgr Lefebvre l’a affirmé à plusieurs reprises malheureusement). Donc il faut assurer la survie de l’Eglise (et donc de la Tradition, et vice-versa) en ordonnant de nouveaux évêques. Il en va du salut des âmes. N’y a-t-il pas une erreur d’identité et de perspective ?
Récemment j’échangeais par courriels avec un bon père de famille qui m’écrivait : “Oui l’Eglise est Sainte, dans la mesure où elle est fidèle à Dieu. Oui le pape est le Pontife, le berger, le guide, dans la mesure où il est fidèle à Dieu. Oui les fumées de Satan ne prévaudront pas contre l’Eglise, dans la mesure où elle reste fidèle à Dieu”. Je lui ai répondu gentiment : “Non cher monsieur, l’Eglise est Sainte en soi. Le pape est le Pontife, le berger, le guide en soi. Les fumées de Satan ne prévaudront pas contre l’Eglise en soi, en vertu des promesses du Christ et en vertu de l’assistance de l’Esprit-Saint promis à l’Eglise”. C’est cela le mystère de l’Eglise. Il a été proclamé dogmatiquement en particulier au concile Vatican I.
Saint Irénée de Lyon, Docteur de l’Unité, l’a dit magnifiquement :
“C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (…) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (…) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce” (S. Irénée, Adv. hær. 3, 24, 1).
Or, “Ubi Petrus, ibi Ecclesia” : là où est Pierre, là est l’Eglise nous dit saint Ambroise de Milan. Il ne faut jamais quitter “Pierre”. Plus près de nous, nous pouvons encore citer notre Jehanne d’Arc nationale :
“De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté”.
Mgr Lefebvre, Mgr Fellay, Mgr de Galarreta ne sont pas successeurs de Pierre. “Loin de moi de vouloir m’ériger en Pape” disait Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Il ne le voulait pas (intention) mais il le faisait de facto en instituant une hiérarchie parallèle (acte intrinsèquement mauvais) contre la volonté du pape. Il est annoncé, jusqu’à preuve du contraire, que la FSSPX prend à nouveau le même chemin.
Quel gâchis !
- Pour mémoire, le Magistère est l’interprète authentique de la Tradition apostolique. Personne ne peut se substituer au Magistère pour dire ce qui appartient à la Tradition ou lui est contraire. Le Magistère est au-dessus de nos interprétations de la Tradition. Mutatis mutandis, le Magistère n’est pas au-dessus de l’Ecriture, mais est au-dessus de nos interprétations de l’Ecriture. Vénérable Pie XII : “ce magistère [de l’Eglise], en matière de foi et de mœurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi – les Saintes Ecritures et la divine Tradition – pour le conserver, le défendre et l’interpréter” (…) “on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres Encycliques n’exige pas de soi l’assentiment, sous le prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C’est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : “Qui vous écoute, m’écoute… ” (Lc 10, 16), et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les Encycliques appartient depuis longtemps d’ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens. (…) Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise” (Humani Generis, 1950). Saint Paul VI, audience générale du 12 janvier 1966 : “Certains se demandent quelle est l’autorité, la qualification théologique qu’a voulu donner à son enseignement un Concile qui a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique. La réponse, nous la connaissons. Rappelons-nous la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, répétée le 16 novembre 1964 : étant donné le caractère pastoral du Concile, il a évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité, mais il a muni ses enseignements de l’autorité du magistère ordinaire suprême ; ce magistère ordinaire et manifestement authentique doit être accueilli docilement et sincèrement par tous les fidèles, selon l’esprit du Concile concernant la nature et les buts de chaque document».
Les ordinations épiscopales de la FSSPX : un acte schismatique ?
Pie XII a enseigné clairement dans son encyclique Mystici Corporis :
“Pierre, par la vertu du primat, n’est que le Vicaire du Christ, et il n’y a par conséquent qu’une seule Tête principale de ce Corps, à savoir le Christ ; c’est lui qui sans cesser de gouverner mystérieusement l’Eglise par lui-même, la dirige pourtant visiblement par celui qui tient sa place sur terre, car depuis sa glorieuse Ascension dans le ciel, elle ne repose plus seulement sur lui, mais aussi sur Pierre comme sur un fondement visible pour tous. Que le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu’une seule Tête, Notre immortel Prédécesseur, Boniface VIII, l’a officiellement enseigné dans sa Lettre apostolique Unam sanctam et ses successeurs n’ont jamais cessé de le répéter après lui. Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens lumineux de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel”.
Les ordinations épiscopales annoncées par la FSSPX posent des questions d’ordre canonique c’est-à-dire relatives aux lois qui régissent la société visible qu’est l’Eglise catholique fondée sur Pierre. Dans l’Eglise, les fidèles ont des droits et des devoirs. L’anarchie ne doit pas y régner.
Les responsables de la FSSPX nous expliquent qu’ils ne veulent pas ordonner des évêques ayant une juridiction (un pouvoir de gouvernement). Mais qui va donner une mission aux évêques qui seront peut-être ordonnés sans mandat pontifical le 1er juillet prochain ? La FSSPX ? Le supérieur général de la FSSPX ? Mais qui a donné un pouvoir de gouvernement à ces supérieurs ? N’ont-ils pas une hiérarchie parallèle et indépendante de celle de l’Eglise fondée sur le successeur de Pierre ? Qui enverra ces évêques en mission en vertu de quel pouvoir ? Mgr Valdrini, doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris disait : “ ce n’est pas le sacre d’un évêque qui créé le schisme (…) c’est le fait de conférer ensuite à ces évêques une mission apostolique. Car cette usurpation des pouvoirs du Souverain Pontife prouve qu’on constitue ainsi une église parallèle” (cité dans Fideliter, n° 83 septembre-octobre 1991 p 13). Nous voyons bien que l’argument de la FSSPX d’ordonner des évêques sans juridiction ne tient pas.
Malheureusement les supérieurs de la FSSPX annoncent qu’ils sont prêts à désobéir, de facto et non en théorie, au pape (jusqu’à preuve du contraire) et enfreindre des lois de l’Eglise (en particulier des lois relatives au chapitre 3 de la Constitution Pastor aeternus de Vatican I) (cf. note 1). Cela s’appelle commettre un délit.
Un délit est “la violation extérieure et moralement imputable d’une loi à laquelle est attachée une sanction canonique au moins indéterminée” mais souvent déterminée (ou précisée) par l’autorité ecclésiale dans son droit (cf. CIC 83 / canon 2195).
Dans l’Eglise catholique, tous les péchés graves ne sont pas des délits, mais tous les délits sont des péchés graves.
Un antécédent historique qui éclaire la problématique des ordinations du 1er juillet prochain
A la suite des ordinations à Ecône le 30 juin 1988, Saint Jean-Paul a publié un texte qui garde toute sa valeur théologique :
“En lui-même, cet acte a été une désobéissance au Souverain Pontife en une matière très grave et d’une importance capitale pour l’unité de l’Eglise, puisqu’il s’agit de l’ordination d’évêques par laquelle se perpétue sacramentellement la succession apostolique. C’est pourquoi une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique” (Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta).
Il ne s’agissait pas de dire que tous les disciples de Mgr Lefebvre étaient automatiquement excommuniés parce que schismatiques. Mais il s’agissait de qualifier la nature de l’acte posé et de préciser sa gravité objective.
Je ne mets nullement en doute l’intention de Mgr Lefebvre en 1988 : le for interne relève du Seigneur. Mais il s’agit de voir les choses objectivement.
Si Mgr Fellay et Mgr de Galarreta procèdent à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical le 1er juillet prochain (et même contre la volonté explicite du pape) : ils feront un acte schismatique et ils seront excommuniés en même temps que les évêques qu’ils auront ordonnés validement mais illicitement.
Le fait de ne vouloir ordonner que des évêques sans juridiction ne change rien à la loi de l’Eglise. La bonne intention ne changera rien non plus au délit et donc à la sanction (la FSSPX veut sacrer des évêques pour le salut des âmes dans un contexte, jugé unilatéralement et subjectivement, comme étant de grave nécessité) : la peine d’excommunication sera latae sententiae (cf. note 2) c’est-à-dire automatique.
Canon 1314 “Ordinairement la peine est ferendæ sententiæ, de telle sorte qu’elle n’atteint pas le coupable tant qu’elle n’a pas été infligée ; mais elle est latæ sententiæ, si la loi ou le précepte l’établit expressément, de telle sorte qu’elle est encourue par le fait même de la commission du délit”.
Peut-être que la peine d’excommunication sera aussi officiellement déclarée après les ordinations, comme elle le fut en 1988.
“Pour que la peine soit encourue et produise son effet, il faut que l’auteur du délit ait commis celui-ci matériellement, mais aussi volontairement, librement, en connaissance de cause et en sachant, avant de poser l’acte, qu’une telle sanction pénale automatique était attachée à ce délit” (cf. CIC 83 / canons 1321 et 1323; cf note 3).
Ce sera le cas objectivement.
Un problème de cohérence
Après les ordinations épiscopales de 1988 les membres de la FSSPX ont expliqué que Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, et les quatre prêtres ordonnés évêques n’étaient pas excommuniés. Pourtant, par une lettre du 15 décembre 2008 adressée au cardinal Dario Castrillon Hoyos, Mgr Bernard Fellay sollicitait la levée de l’excommunication latae sententiae déclarée en 1988. Comment comprendre cette demande de la FSSPX ? N’était-ce pas un aveu a posteriori ?
De facto, cette excommunication a été levée le 21 janvier 2009 sur mandat pontifical par le cardinal Ré, préfet de la congrégation pour les évêques. Ce décret précise que Mgr Fellay “sollicitait de nouveau la levée de l’excommunication latae sententiae” (sic) : ce n’était donc pas la première demande de la part de la FSSPX qui considérait donc bien, de façon réitérée, que ses évêques étaient excommuniés.
Est-ce que cette levée réglait toute la question canonique de la FSSPX ? Non. Dans une note de la Secrétairerie d’Etat relative aux quatre évêques de la FSSPX du 4 février 2009, il était précisé :
“La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique très grave, mais n’a rien changé à la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X qui, à l’heure actuelle, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique de la part de l’Église catholique. Les quatre évêques eux-mêmes, bien que déliés de l’excommunication, n’ont pas une fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas un ministère licite en son sein”.
Nous en sommes encore là aujourd’hui avant le 1er juillet prochain.
Il faut, en outre, se rappeler que la quasi-totalité ou la totalité des prêtres de la FSSPX (ordonnés après 1976) sont susceptibles d’avoir encouru la suspense latae sententiae pour avoir reçu l’ordination illicite sans lettres dimissoriales d’un évêque ou d’un autre ordinaire légitime (cf. canon 1388).
Oui vraiment, quel gâchis !
(2) : Littéralement : “la sentence a déjà été portée” par l’autorité ecclésiale dans la promulgation de la loi.
(3) : Considérations canoniques sur deux affaires médiatisées de censures ecclésiastiques : les évêques lefebvristes et l’avortement de Recife, Père Philippe Toxé op, L’année canonique, n°51, 2009, pages 195-218.
Etre excommunié ?
De quoi parle-t-on ? Est-ce grave ou non ? Est-ce une question qui ne dépend que des ordinations épiscopales sans mandat pontifical (et même contre la volonté du pape) du 1er juillet prochain ?
Dès maintenant et avant même le 1er juillet 2026
Un canon du Code de droit de l’Eglise mérite notre attention. Can. 1364 § 1 : “L’apostat de la foi, l’hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latæ sententiæ”.
Il nous faut donc définir le schisme. Le canon 751 précise :
“On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité ; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne ; schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis” (cf. note 1).
Sous cet angle, quelques membres de la FSSPX sont peut-être déjà excommuniés latae sententiae pour schisme, du moins ceux qui continuent à approuver formellement l’acte schismatique du 30 juin 1988, et sont conscients que cela pourrait bien être une faute très grave.
Une peine supplémentaire (en plus de celle qui est liée au péché de schisme)
Le droit de l’Eglise est clair et formel : canon 1387 (dans la rédaction renouvelée du livre VI du Code, cf. site du Saint-Siège) :
“L’Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu’un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque, encourent l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique”.
Comment éviter le péché de schisme ?
Dans la mesure où, “appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, [le Concile Vatican II] enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés” (Lumen Gentium 14) alors la question d’éviter le péché de schisme est cruciale. Il y va du salut des âmes. “Chaque personne est aimée de Dieu pour elle-même et a été rachetée par le sang du Christ versé sur la Croix pour le salut de tous les hommes” (Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta).
Il ne faut en aucun cas quitter l’Eglise catholique par un “refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis” (canon 751).
J’exhorte donc fraternellement les fidèles laïcs proches de la FSSPX à ne pas approuver la désobéissance constituée par ces ordinations illicites (si elles ont lieu bien sûr, et si elles ont lieu sans l’accord du pape Léon XIV), à ne pas vivre exclusivement en “vase clos” au sein de la FSSPX, mais à participer, par exemple, à des Messes, à des baptêmes célébrés par des prêtres ayant une mission canonique légitimement reçue d’un évêque en communion pleine et entière avec le successeur de Pierre. Cela les préservera du péché de schisme et donc de l’excommunication. Ils se maintiendront sur le chemin du salut éternel.
En disant cela, je ne fais que reprendre ce que saint Jean-Paul II écrivait déjà en 1988 : “Dans les circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois solennel et ému, paternel et fraternel, à tous ceux qui, jusqu’à présent, ont été, de diverses manières, liés au mouvement issu de Mgr. Lefebvre, pour qu’ils réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l’unité de l’Eglise catholique et de ne pas continuer à soutenir de quelque façon que ce soit ce mouvement. Nul ne doit ignorer que l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Eglise”.
La gravité de l’excommunication expliquée par saint Pie X
Nous lisons dans le Catéchisme rédigé par Saint Pie X :
“Peut-on se sauver en dehors de l’Eglise Catholique, Apostolique, Romaine ? Non, hors de l’Eglise Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de l’Eglise.
Qu’est-ce que les schismatiques ? Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Eglise de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs.
Qu’est-ce que les excommuniés ? Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Evêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Eglise, qui attend et désire leur conversion.
Doit-on craindre l’excommunication ? On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Eglise puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés”.
Les effets de l’excommunication
Le code de droit en vigueur dans l’Eglise catholique actuelle stipule au can. 1331 § 1 :
“À l’excommunié il est interdit : 1° de célébrer le Sacrifice de l’Eucharistie et les autres sacrements ; 2° de recevoir les sacrements ; 3° d’administrer les sacramentaux et de célébrer les autres cérémonies du culte liturgique : 4° de prendre part activement aux célébrations mentionnées ci-dessus ; 5° d’exercer des offices, des charges, des ministères et des fonctions ecclésiastiques ; 6° de poser des actes de gouvernement”.
Ces peines sont très sévères et très graves.
Le 17 juin 1988 une “monition canonique” avait été envoyée à Mgr Lefebvre par Mgr Gantin pour lui rappeler le droit de l’Eglise et pour l’aider à quitter sa “contumace” (c’est-à-dire, en droit canonique, sa volonté de commettre consciemment un délit très grave) avant de procéder aux ordinations épiscopales. Peut-être en sera-t-il de même avant le 1er juillet 2026 : une monition sera peut-être envoyée aux évêques actuels de la FSSPX pour leur rappeler le droit de l’Eglise et pour les aider à ne pas commettre cet acte schismatique annoncé. Ce sera une ultime tentative de “correction fraternelle”. Prions pour qu’elle soit entendue le cas échéant.
Devant ces questions canoniques très graves souvenons-nous de ce que le bienheureux Pie IX a enseigné :
“la doctrine catholique la plus élémentaire nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde ; et sans contredit « c’est à Pierre que le Seigneur a parlé, à un seul afin de fonder sur un seul l’unité” (Lettre encyclique Et si multa luctuosa, Sur l’obligation de croire à l’Église, 21 novembre 1873).
Note 1 : “On distinguera avec soin le schisme de la désobéissance pure et simple. Le schisme suppose un refus systématique et habituel de dépendance. Au contraire, la désobéissance peut n’être qu’un acte passager, sans que son auteur conteste aucunement l’autorité de la loi ou du législateur, et veuille se soustraire à elle de façon habituelle” R. Naz, art “schisme et schismatique”, in DDCan, VII (1965), col. 886-887.
Les ordinations épiscopales de la FSSPX : une question spirituelle
Nous savons que les différends entre Rome et la FSSPX sont essentiellement doctrinaux mais je prétends (peut-être à tort) que la solution est aussi en grande partie spirituelle. Peut-être même est-elle d’abord spirituelle.
Pourquoi ? Parce qu’il existe un lien entre un certain aveuglement du cœur et de l’intelligence et l’action du démon (cf. l’oraison du Vendredi-Saint pour les hérétiques et les schismatiques). Cette tentation peut se présenter à chacun de nous.
Depuis le péché originel nous savons qu’il existe un lien funeste entre l’orgueil et les autres péchés. Par exemple : plus une âme est orgueilleuse et plus elle refuse de se soumettre à une autorité, tant en matière d’enseignement que de gouvernement. Orgueil et désobéissance, orgueil et manque de docilité vont de pair (la docilité est la capacité à se laisser instruire cf. IIa IIae q 49 a 3). Non serviam dit Satan.
Il ne faut pas “juger” le Magistère de l’Eglise (extraordinaire et ordinaire) mais bien plutôt être “jugés” par lui. En effet, c’est le Magistère de l’Eglise qui me dit où est la vraie foi, et non mon opinion sur ce que doit être la vraie foi qui me dit où est la vraie Eglise. C’est capital.
Saint Jean-Paul II et la cardinal Joseph Ratzinger avaient pointé le problème de fond en 1988 : “A la racine de cet acte schismatique [i.e des ordinations épiscopales contre l’interdiction pontificale], on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné clairement le Concile Vatican II, «tire son origine des apôtres, se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit-Saint: en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité (Conc. Vatican II. Constitution Dei Verbum, n· 8 ; cf. Conc. Vatican I. Constitution Dei Filius, ch. 4 : DS 3020) ». Mais c’est surtout une notion de la Tradition, qui s’oppose au Magistère universel de l’Eglise lequel appartient à l’évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Eglise (Cf. Mt. 16. 18 ; Lc. 10. 16 ; Conc. Vatican I, Constitution Pastor æternus, chap. 3 : DS 3060)”.
En d’autres termes, comme vous pouvez le voir dans les références ci-dessus : c’est au nom de la Parole de Dieu et du concile Vatican I en particulier, que la FSSPX devrait revoir sa manière de considérer la Tradition (et le Magistère) et ne pas se prendre pour la Tradition de l’Eglise ou les seuls garants fidèles de la Tradition.
Il n’est pas possible d’être vraiment catholique sans une vraie soumission à l’autorité du successeur de Pierre tant au niveau de la doctrine que du gouvernement (cf. Vatican I).
Que faire ?
Le pape Saint Pie X nous enseigne dans son Catéchisme : “Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ? Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable Eglise, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, Il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints”. La question est donc profondément spirituelle.
Un appel à l’unité
Saint Paul exhortait les habitants d’Ephèse à l’unité dans le Corps du Christ qui est l’Eglise : “Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous” (Ep 4, 1-6).
Dans sa lettre accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum, Benoit XVI soulignait : “Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit : « Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens ; notre cœur s’est grand ouvert. Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous ; c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. Payez-nous donc de retour ; … ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi ! » (2 Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place”.
Benoit XVI en appelait donc à une solution spirituelle pour trouver un chemin de réconciliation.
Inversement, il y a une fermeture spirituelle du cœur qui fait obstacle à la communion ecclésiale.
Deux années plus tard, lorsque Benoit XVI levait l’excommunication encourue par les quatre évêques de la FSSPX, le décret précisait ceci : “Par cet acte, on désire consolider les relations réciproques de confiance, intensifier et stabiliser les relations de la Fraternité Saint-Pie X avec le Siège Apostolique. Ce don de paix, au terme des célébrations de Noël, veut aussi être un signe pour promouvoir l’unité dans la charité de l’Église universelle et arriver à supprimer le scandale de la division. On souhaite que ce pas soit suivi de la réalisation rapide de la pleine communion avec l’Église de toute la Fraternité Saint-Pie X, témoignant ainsi une vraie fidélité et une vraie reconnaissance du Magistère et de l’autorité du Pape avec la preuve de l’unité visible” (décret du 21 janvier 2009). Le pape avait fait un geste de miséricorde et il en espérait des fruits d’unité.
Saint Thomas d’Aquin nous propose un chemin de vigilance et d’unité
Cette solution spirituelle a été exposée avec clarté par Mgr Augustine Di Noia, vice-président de la Commission pontificale Ecclesia Dei dans une lettre adressée aux prêtres de la FSSPX durant l’avent 2012. Je cite des passages qui sont d’une grande actualité car ils transcendent le temps. Ces conseils valent aussi bien pour les membres de la FSSPX que pour toute personne humaine dans l’Eglise.
“Afin de persévérer dans l’unité de l’Église, saint Thomas d’Aquin remarque que, d’après saint Paul, « il faut cultiver quatre vertus et proscrire les quatre vices qui leur sont opposés » (Commentaire de la Lettre aux Éphésiens, § 191). Que faut-il éviter sur la voie de l’unité ? L’orgueil, la colère, l’impatience et le zèle désordonné. D’après l’Aquinate, « le premier vice rejeté par [saint Paul] est l’orgueil. Quand une personne arrogante décide de diriger les autres, alors que ces autres, dans leur fierté, refusent de se soumettre, des désaccords surgissent dans la société, et la paix disparaît … La colère est le deuxième vice. Car un colérique est porté à l’injustice, verbale ou physique, ce qui provoque la confusion. …Le troisième est l’impatience. Parfois, un homme humble et doux, qui s’interdit de provoquer le trouble, ne supporte pas avec patience les attaques effectives ou projetées qu’on porte contre lui. … Le quatrième vice est le zèle désordonné. Le zèle désordonné peut porter sur n’importe quoi ; à cause de lui, les hommes vont juger de tout ce qu’ils voient, sans attendre le bon moment ou le bon endroit, et c’est une catastrophe pour la société » (ibid.) Comment pouvons-nous agir contre ces vices ? Saint Paul nous dit : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour » (Ep 4,2). D’après l’Aquinate, en nous faisant voir la bonté présente chez les autres et reconnaître nos propres forces et nos propres faiblesses, l’humilité nous aide à éviter l’esprit de rivalité dans nos rapports avec autrui. La douceur « aplanit les difficultés et préserve la paix » (Commentaire de la Lettre aux Éphésiens, § 191). Elle nous aide à éviter les manifestations désordonnées de colère en nous donnant la sérénité de faire notre devoir avec égalité d’humeur et dans un esprit de paix. La patience nous rend capables de supporter la souffrance pour obtenir le bien recherché, surtout s’il est difficile à atteindre ou si des circonstances extérieures militent contre la réalisation de l’objectif. La charité fait éviter le zèle désordonné en nous donnant de nous soutenir les uns les autres, « en portant les défauts des autres avec charité » (ibid.). Saint Thomas donne ce conseil : « Quand quelqu’un tombe, il ne faudrait pas immédiatement le corriger, à moins qu’il y ait un temps et un lieu pour cela. Il faudrait attendre avec compassion, puisque la charité supporte tout (1 Co 13, 7). Il ne s’agit pas de tolérer par négligence ou complicité, par familiarité ou amitié charnelle, mais par charité. … Nous qui sommes forts, nous devons porter les infirmités des faibles (Rm 15, 1) » (ibid.). Le prudent conseil de saint Thomas peut nous être utile, si nous acceptons d’être formés par sa sagesse. Au cours des quarante dernières années, nos relations n’ont-elles pas parfois manqué d’humilité, de douceur, de patience et de charité ? (…) Comment les vertus d’humilité, de douceur, de patience et de charité peuvent-elles modeler nos pensées et nos actions. D’abord, si nous cherchons humblement à reconnaître la bonté qui existe chez ceux avec qui nous pouvons être en désaccord sur des points même apparemment fondamentaux, nous sommes capables d’examiner des questions disputées dans un esprit d’ouverture et en toute bonne foi. Deuxièmement, si nous avons une véritable douceur, nous pouvons garder un esprit de sérénité, en évitant de parler sur un ton qui divise ou de développer des considérations imprudentes qui offenseront au lieu de favoriser la paix et la compréhension mutuelle. Troisièmement, si nous gardons une vraie patience, nous reconnaîtrons que, dans la recherche du bien précieux que nous poursuivons, nous devons vouloir, si nécessaire, accepter la souffrance de l’attente. Enfin, si nous sentons encore le besoin de corriger nos frères, ce doit être avec charité, au bon moment et au bon endroit”.
L’heure est à la prière et à la pénitence afin que le Saint-Siège et la FSSPX trouvent un moyen d’éviter un nouvel acte schismatique.
A l’heure actuelle, il ne s’agit pas d’abdiquer le travail de notre intelligence et de demander le silence aux théologiens. Au contraire : il faut former notre conscience car chacun de nous est tenu de chercher la vérité (cf. CEC 1783, 1789, 1791). Les fidèles du Christ, pour former leur conscience, doivent prendre en sérieuse considération la doctrine sainte et certaine de l’Église (cf. Pie XII, Message radioph., 23 mars 1952 : AAS (1952), p. 270-278). Quand nous avons vu la vérité, nous devons l’embrasser et lui conformer nos décisions et nos actions. “L’ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal entendue de la conscience, le refus de l’autorité de l’Église et de son enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à l’origine des déviations du jugement dans la conduite morale” (CEC 1792). Les litanies de l’Esprit-Saint disent à merveille : “De la résistance à la vérité connue, délivrez-nous Seigneur”.
C’est la tâche que nous avons tous à accomplir : nous laisser enseigner docilement par l’Eglise pour former notre conscience et ne pas opposer de résistance à la vérité connue et enseignée par l’Eglise.
Sinon : quel gâchis !